« La Gibecière à Mots », fondée en 2012 par Stéphane le Mat, est une édition numérique qui vous propose des classiques de la littérature française et étrangère, « élevés » au domaine public, en ebooks.

« La Gibecière à Mots » remet sur le devant de la scène, des ouvrages que le temps a jaunis et recouverts d'une couche de poussière ; oubliés et abandonnés, « La Gibecière à Mots » vous offre la possibilité de leur donner une nouvelle place dans le présent.

« La Gibecière à Mots » fait également perdurer dans le temps des classiques plus connus.


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samedi 3 octobre 2020

Vers Ispahan (Pierre Loti)


Pierre Loti
(1850-1923)

"Qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses, prenne son parti de cheminer lentement à mes côtés, par étapes, ainsi qu’au moyen âge.
Qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses, consente au danger des chevauchées par les sentiers mauvais où les bêtes tombent, et à la promiscuité des caravansérails où l’on dort entassés dans une niche de terre battue, parmi les mouches et la vermine.
Qui veut venir avec moi voir apparaître, dans sa triste oasis, au milieu de ses champs de pavots blancs et de ses jardins de roses roses, la vieille ville de ruines et de mystère, avec tous ses dômes bleus, tous ses minarets bleus d’un inaltérable émail ; qui veut venir avec moi voir Ispahan sous le beau ciel de mai, se prépare à de longues marches, au brûlant soleil, dans le vent âpre et froid des altitudes extrêmes, à travers ces plateaux d’Asie, les plus élevés et les plus vastes du monde, qui furent le berceau des humanités, mais sont devenus aujourd’hui des déserts.
Nous passerons devant des fantômes de palais, tout en un silex couleur de souris, dont le grain est plus durable et plus fin que celui des marbres. Là, jadis, habitaient les maîtres de la Terre, et, aux abords, veillent depuis plus de deux mille ans des colosses à grandes ailes, qui ont la forme d’un taureau, le visage d’un homme et la tiare d’un roi. Nous passerons, mais, alentour, il n’y aura rien, que le silence infini des foins en fleur et des orges vertes.
Qui veut venir avec moi voir la saison des roses à Ispahan, s’attende à d’interminables plaines, aussi haut montées que les sommets des Alpes, tapissées d’herbes rases et d’étranges fleurettes pâles, où à peine de loin en loin surgira quelque village en terre d’un gris tourterelle, avec sa petite mosquée croulante, au dôme plus adorablement bleu qu’une turquoise ; qui veut me suivre, se résigne à beaucoup de jours passés dans les solitudes, dans la monotonie et les mirages..."

En avril 1900, à son retour des Indes, Pierre Loti décide de traverser la Perse, afin de visiter Ispahan, la cité millénaire qui fut un temps la capitale de l'Iran.


jeudi 16 juillet 2020

Quelques aspects du vertige mondial (Pierre Loti)

Pierre Loti (1850-1923)

"Février 1917.
Dans ces dessins d’enfantine cosmographie qui, au temps des premiers Pharaons, se faisaient à Memphis, le ciel était figuré par une voûte sphérique à laquelle des fils suspendaient les étoiles, et, sous les différents pays de la terre, naïvement tracés en couleurs, une partie ombrée en noir, qui descendait jusqu’au bas de la feuille de papyrus, s’appelait : base du monde. Au fond de leurs esprits dégagés plus fraîchement que les nôtres de la matière originelle, ne se demandaient-ils pas déjà, ces hommes aux intuitions merveilleuses, ne se demandaient-ils pas ce qu’il pouvait bien y avoir plus haut, plus haut, au-dessus de la voûte bleue où les étoiles s’accrochaient ? L’infini, l’inconcevable infini dont nos âmes sont maintenant obsédées, est-ce qu’ils commençaient d’en pressentir l’épouvante ?
Et, pour eux, sur quelle autre chose, plus stable encore, cette base du monde posait-elle ? Est-ce qu’il leur venait à l’idée de se demander : En dessous, encore plus en dessous, que trouverait-on bien ? Alors, toujours, toujours, des couches plus profondes, se soutenant les unes les autres ? Et ainsi de suite indéfiniment ? Ou bien, qui sait... du vide ? Mais alors, comment ces bases tiendraient-elles, car le vide, c’est du néant où tout tombe ?..."

Recueil de chroniques paru en 1917.


ISBN : 9782374636788

1,99 €

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jeudi 21 mai 2020

Au Maroc (Pierre Loti)

Pierre Loti (1850-1923)

"26 mars 1889.
Des côtes sud de l’Espagne, d’Algésiras, de Gibraltar, on aperçoit là-bas, sur l’autre rive de la mer, Tanger la Blanche.
Elle est tout près de notre Europe, cette première ville marocaine, posée comme en vedette sur la pointe la plus nord de l’Afrique ; en trois ou quatre heures, des paquebots y conduisent, et une grande quantité de touristes y viennent chaque hiver. Elle est très banalisée aujourd’hui, et le sultan du Maroc a pris le parti d’en faire le demi-abandon aux visiteurs étrangers, d’en détourner ses regards comme d’une ville infidèle.
Vue du large, elle semble presque riante, avec ses villas alentour bâties à l’européenne dans des jardins ; un peu étrange encore cependant, et restée bien plus musulmane d’aspect que nos villes d’Algérie, avec ses murs d’une neigeuse blancheur, sa haute casbah crénelée, et ses minarets plaqués de vieilles faïences.
C’est curieux même comme l’impression d’arrivée est ici plus saisissante que dans aucun des autres ports africains de la Méditerranée. Malgré les touristes qui débarquent avec moi, malgré les quelques enseignes françaises qui s’étalent çà et là devant des hôtels ou des bazars, – en mettant pied à terre aujourd’hui sur ce quai de Tanger au beau soleil de midi, – j’ai le sentiment d’un recul subit à travers les temps antérieurs... Comme c’est loin tout à coup, l’Espagne où l’on était ce matin, le chemin de fer, le paquebot rapide et confortable, l’époque où l’on croyait vivre !... Ici, il y a quelque chose comme un suaire blanc qui tombe, éteignant les bruits d’ailleurs, arrêtant toutes les modernes agitations de la vie : le vieux suaire de l’Islam, qui sans doute va beaucoup s’épaissir autour de nous dans quelques jours quand nous nous serons enfoncés plus avant dans ce pays sombre, mais qui est déjà sensible dès l’abord pour nos imaginations fraîchement émoulues d’Europe."

Pierre Loti, officier de marine et membre d'une mission diplomatique, relate ses rencontres, ses impressions lors de son périple au Maroc...


ISBN : 9782374636368

1,99 €

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dimanche 17 mai 2020

Autour de la table (George Sand)

George Sand (1804-1876)

"Quelle table ? C’est chez les Montfeuilly qu’elle se trouve ; c’est une grande, une vilaine table. C’est Pierre Bonnin, le menuisier de leur village, qui l’a faite, il y a tantôt vingt ans. Il l’a faite avec un vieux merisier de leur jardin. Elle est longue, elle est ovale, il y a place pour beaucoup de monde. Elle a des pieds à mourir de rire ; des pieds qui ne pouvaient sortir que du cerveau de Pierre Bonnin, grand inventeur de formes incommodes et inusitées.
Enfin c’est une table qui ne paie pas de mine, mais c’est une solide, une fidèle, une honnête table, elle n’a jamais voulu tourner ; elle ne parle pas, elle n’écrit pas, elle n’en pense peut-être pas moins, mais elle ne fait pas connaître de quel esprit elle est possédée : elle cache ses opinions.
Si c’est un être, c’est un être passif, une bête de somme. Elle a prêté son dos patient à tant de choses ! Écritures folles ou ingénieuses, dessins charmants ou caricatures échevelées, peinture à l’aquarelle ou à la colle, maquettes de tout genre, études de fleurs d’après nature, à la lampe, croquis de chic ou souvenirs de la promenade du matin, préparations entomologiques, cartonnage, copie de musique, prose épistolaire de l’un, vers burlesques de l’autre, amas de laines et de soies de toutes couleurs pour la broderie, appliques de décors pour un théâtre de marionnettes, costumes ad hoc, parties d’échecs ou de piquet, que sais-je ? tout ce que l’on peut faire à la campagne, en famille, à travers la causerie, durant les longues veillées de l’automne et de l’hiver."

Recueil d'articles.
Causeries et critiques littéraires autour d'une table...


ISBN : 9782374636283

2,49 €

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jeudi 12 mars 2020

Les derniers jours de Pékin (Pierre Loti)

Pierre Loti (1850-1923)

"Lundi 24 septembre 1900.
L’extrême matin, sur une mer calme et sous un ciel d’étoiles. Une lueur à l’horizon oriental témoigne que le jour va venir, mais il fait encore nuit. L’air est tiède et léger... Est-ce l’été du Nord, ou bien l’hiver des chauds climats ? Rien en vue nulle part, ni une terre, ni un feu, ni une voile ; aucune indication de lieu : une solitude marine quelconque, par un temps idéal, dans le mystère de l’aube indécise.
Et, comme un léviathan qui se dissimulerait pour surprendre, le grand cuirassé s’avance silencieusement, avec une lenteur voulue, sa machine tournant à peine.
Il vient de faire environ cinq mille lieues, presque sans souffler, donnant constamment, par minute, quarante-huit tours de son hélice, effectuant d’une seule traite, sans avaries d’aucune sorte et sans usure de ses rouages solides, la course la plus longue et la plus soutenue en vitesse qu’un monstre de sa taille ait jamais entreprise, et battant ainsi, dans cette épreuve de fond, des navires réputés plus rapides, qu’à première vue on lui aurait préférés.
Ce matin, il arrive au terme de sa traversée, il va atteindre un point du monde dont le nom restait indifférent hier encore, mais vers lequel les yeux de l’Europe sont à présent tournés : cette mer, qui commence de s’éclairer si tranquillement, c’est la mer Jaune, c’est le golfe du Petchili par où l’on accède à Pékin. Et une immense escadre de combat, déjà rassemblée, doit être là tout près, bien que rien encore n’en dénonce l’approche."

Recueil de chroniques.
1900 : Les puissances européennes envoient un corps expéditionnaire en Chine afin de réprimer la révolte des "Boxers". Pierre Loti en fait partie et relate son séjour à Pékin et les alentours...

ISBN : 9782374635835

1,99 €

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jeudi 27 février 2020

Vive la vie ! (Alphonse Allais)

Alphonse Allais (1854-1905) 

"On se rappelle la fâcheuse aventure de ce collectionneur d’objets macabres, funèbres et criminalistes dont la plus belle pièce – le faux col d’une victime célèbre – fut lavée, empesée, repassée par une chambrière zélée, mais peu documentaire. 
Pareille aventure arriva, voilà tantôt quelques années et même un peu plus, à un vieux gentilhomme que je connaissais, et qui s’appelait le marquis de Bois-Lamothe.
Un rude homme dans son temps que le marquis ! 
Riche, solide, beau gars, inlassable trousseur de jupes, craignant pas Dieu et camarade du diable, Bois-Lamothe était la terreur de tous les maris des voisinages. 
Je dis des voisinages, au pluriel, car le marquis, alors grand propriétaire foncier en même temps que nature frivole et baladeuse, changeait de voisinage comme de chemise. 
Hélas ! on ne peut pas être et avoir été, comme l’a si bien observé Francisque Sarcey, notre oncle à tous. 
Le marquis de Bois-Lamothe avait vieilli, ses anciennes bonnes amies aussi. 
D’hypothèques en licitations (?), les biens domaniaux du marquis s’étaient envolés aux quatre vents des enchères publiques. 
Ses écus avaient tellement sonné qu’une aphonie cruelle s’en était suivie, et tant trébuché que l’œil le plus exercé n’en trouvait plus trace, hormis pourtant dans la bourse des autres." 

Recueil de 29 histoires courtes, loufoques, fantasques et parfois cyniques du maître de l'humour de la fin du XIXe siècle.




ISBN : 9782374635699

1,99 €

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dimanche 23 février 2020

Le livre de la pitié et de la mort (Pierre Loti)

Pierre Loti (1850-1923)

"Je voudrais connaître une langue à part, dans laquelle pourraient s’écrire les visions de mes sommeils. Quand j’essaie avec les mots ordinaires, je n’arrive qu’à construire une sorte de récit gauche et lourd, à travers lequel ceux qui me lisent ne doivent assurément rien voir ; moi seul, je puis distinguer encore, derrière l’à peu près de ces mots accumulés, l’insondable abîme.
Il paraît que les rêves, même ceux qui nous semblent les plus longs, n’ont qu’une durée à peine appréciable, rien que ces instants toujours très fugitifs où l’esprit flotte entre la veille et le sommeil ; mais nous sommes trompés par l’excessive rapidité avec laquelle leurs mirages se succèdent et changent ; ayant vu passer tant de choses, nous disons : j’ai rêvé toute une nuit, quand à peine avons-nous rêvé pendant une minute."

Recueil de chroniques dans lesquelles Pierre Loti nous parle de la mort et du souvenir des êtres disparus, avec nostalgie et émotions.
"Rêve" - "Chagrin d'un vieux forçat" - "Une bête galeuse" - "Pays sans nom" - "Vie de deux chattes" - "L'oeuvre de Pen-Bron" - "Dans le passé mort" - "Veuves de pêcheurs" - "Tante Claire nous quitte" - "Viande de boucherie" - "La chanson des vieux époux".


ISBN : 9782374635644

1,99 €

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